3 Juin
Nous voici rejetés sur le tarmac de Chicago après quelque 9 heures de vols harassantes... La ville nous accueille grimaçante par de gigantesques embouteillages sur l’autoroute et un ciel nuageux laissant filtrer quelques rayons de soleil, créant avec quelques rafales d’un vent parfois glacial une impression mitigée. La Windy City ne saurait déroger à sa réputation.
Mais trêve de ces considérations prosaïques et passons à l’essentiel : cette année sera-t-elle du meilleur cru scientifique ? Nous voici dubitatifs à la lecture du programme d’Oncologie digestive pour laquelle 2011 semble se révéler comme une année de transition, contrairement à d’autres disciplines où les progrès semblent majeurs comme dans la prise en charge du mélanome.
En matière de cancer colorectal, très peu de communications orales sont à l’affiche. Certes, les sessions des « Clinical Science Symposium » apporteront leur lot d’études de phases I ou II testant de nouvelles thérapies ciblées associées à nos schémas classiques avec des espoirs potentiels pour nos patients (rilotumumab, ganitumab, anti-IGF-1R, inhibiteur de PARP, témozolomib, …).
D’autre part, l’analyse des différentes mutations de KRAS permet de mettre en évidence une sous-population (patients avec mutations G13D) dont la résistance aux anti-EGFR serait moins marquée et qui pourrait bénéficier de cette classe thérapeutique.
L’impact du bévacizumab en situation adjuvante est à nouveau abordé grâce aux résultats définitifs des essais NSABPC-08 et AVANT : il est malheureusement nul semblant définitivement éliminer cette molécule de ce champ thérapeutique. Cependant de multiples études ancillaires concernant cette population globale de plus de 6000 patients apporteront, à n’en pas douter, de nombreuses informations utiles sur le plan fondamental et clinique.
Concernant les stades II, une méta-analyse confirme l’absence d’impact de l’oxaliplatine par rapport aux fluoro-pyrimidines seules lorsqu’une chimiothérapie est(rarement) indiquée.
Les communications relatives au cancer du rectum seront beaucoup plus nombreuses et globalement confirmeront des notions antérieurement acquises :
- La capécitabine s’impose comme fluoro-pyrimidine de référence en association à la radiothérapie pré-opératoire.
- L’absence d’impact de l’oxaliplatine en situation néo-adjuvante et adjuvante
- L’absence d’impact du contrôle local conféré par la radio-chimiothérapie sur les survies globale et sans progression
Les sessions non colorectales apporteront également quelques confirmations mais également peu de grandes nouveautés cette année
Pour le carcinome hépatocellulaire (CHC) avancé le sunitinib n’a pu détrôner le sorafénib dans une vaste étude randomisée ayant réuni plus de 1000 patients.
Une autre étude de grande ampleur permet de retrouver un profil de tolérance identique chez des patients CHILD A ou B traités par sorafénib pour CHC avancé
L’intérêt d’une chimiothérapie de 2ème ligne pour cancer gastrique avancé est enfin démontré dans une étude de phase III et améliore significativement la survie globale comparativement aux simples soins palliatifs.
En ce qui concerne le cancer du pancréas avancé, une vaste étude japonaise démontre l’équivalence d’un traitement par gemcitabine ou dérivé S-1, l’association gemcitabine-S-1 pouvant même améliorer la qualité de vie par rapport à la gemcitabine seule, ces résultats se rapprochant donc de ceux de l’association gemcitabine-capécitabine.
La gemcitabine pour sa part n’a pas fini de nous étonner puisqu’elle pourra se rapprocher conceptuellement des thérapies ciblées. Depuis plusieurs années un transporteur transmembranaire de cette molécule a été identifié : l’HENT1. Sa présence permettra de prédire le bénéfice de la molécule probablement en situation métastatique, mais aussi après résection à visée curative du cancer du pancréas, comme en atteste l’étude française de R. Maréchal.
Voici un survol rapide et évidemment peu exhaustif de ce que cet ASCO 2011 nous réserve en Oncologie digestive. Nous allons maintenant avec Rosine Gimbaud, Astrid Lièvre, Emmanuel Mitry, Julien Taïeb et Pascal Artru, arpenter les allées du congrès pour vous ramener les informations les plus novatrices qui, je l’espère, aura un impact sur votre pratique clinique.
Au plaisir de vous retrouver demain…
D’après Gérard Lledo